L'IMPOSTURE
L’explosion dans le crâne ne semble pas faire de bruit. Elle détruit tout dans un silence si pesant qu’il met à terre, avant même que le corps ne soit éparpillé ; morceaux d’âmes, miettes de cœur. Il n’a pas vu à qu’elle point ça allait être douloureux. Il n’a pas senti sa main trembler, ses dents se briser à force de mâchoire serrée. Il a vu sa main rougir et bleuir de tant cogner, sans mettre de mots, de pensées, d’images. L’écume a mis du temps à déborder, sans pour autant remplacer la rage. Ça glisse sur des joues frissonnantes et noie un cœur gonflé de chagrin et de rancœur. Autant que les choses deviennent réelles, son être meurtrie ne sait plus à quoi s’accrocher. Le bord de la falaise est apaisant, charmant, doux de murmures et de conseils. Il ne sait plus à quoi s’accrocher. Il vacille tant qu’il pourra bientôt toucher le vide qui se profile sous lui. La douleur explose et le déchire. Messages chimiques voyageant dans les synapses ; rien ; tout. Simplement des 0 et des 1 qui font mal. Qui a bien pu lui donner un tel code ? Ou le créateur est sadique, ou le créé est un masochiste qui s’ignore. Dans tous les cas, c’est un imposteur. Rien n’est réel, tout est chimère. Et tout est si douloureux.
Ce qu’il redoutait n’a pas tardé à arriver. C’était si prévisible que ça en est risible. Mais aurait-il pu penser que son cœur se ratatinerait autant ? Tout est faux. Tout est faux. Tout est faux. Les sentiments, la jalousie, l’envie, le besoin… tout est faux. Des messages chimiques qui nous donne l’illusion. Au fond, il se fiche que tout soit faux, mais ne se fiche pas de souffrir. Le vide est là, il l’attend. Le chrono arrive à son terme. Il a tourné si longtemps. Il ne se souvient pas ne pas l’avoir vu tourner. Il ne se souvient pas ne pas avoir souffert de l’imposture. Il vacille. Ses jambes perdent leur force et leur entrain. Son cœur coule, coule, coule. Il ferme les yeux et repousse l’envie, le besoin, la jalousie, les sentiments. Car tout est faux, et tout est douloureux. Il ferme les yeux et laisse les dernières larmes s’échapper. Elles brûlent tant il peine à effacer l’image qui le tourmente. Le doux visage au regard souriant le transperce, lui coupe le souffle.
Il serre les paupières plus fort, lui intime de partir. Il ne s’attendait pas à tant souffrir. Ne pensait pas pouvoir souffrir davantage. Le vide est rassurant et la falaise chante. C’est une berceuse ; délicate et tendre. Si l’amour se refuse à être égoïste, il ne laisse au porteur que la souffrance. La haine qui en découle ouvre des plaies et les enflamme. L’amour ne peut pas être sincère. Il est la définition de l’illusion. Que l’illusion doit être belle au creux de ses bras. Aujourd’hui, seul le vide bordé d’épines l’enlacera. Le compte à rebours arrive à son terme, et il ne l’a pas vu venir.
